Il n’est pas de problèmes que l’absence de solution ne finisse par résoudre.

C’est sur cet aphorisme cynique que l’atroce « construction » européenne, que l’on nous impose de plus en plus tyranniquement jour après jour, compte pour perdurer, ainsi que sur la peur et la désinformation. Aussi pourrions déplorer évènement après évènement, chaque recul, chaque coup bas, minutieusement, scrupuleusement, nous l’avons fait, mais informer sur un forum du Plan C n’implique par forcément le déclenchement d’une action, mais implique la colère, la tristesse et à la fin le découragement.

Les défis auxquels sont confrontés le Monde, l’Europe, les nations et les peuples sont nombreux : crise écologique, crise d’épuisement des ressources naturelles, dominations et inégalités insupportables. C’est pourquoi un optimisme et un courage lucide sont nécessaires plus que jamais.

Nous ressentons, encore confusément pour certains, que c’est l’idée d’unification poussée trop loin, de centralisation du continent tout entier loin des citoyens qui a permis ce galop tyrannique et débridé vers tous les excès. Nous ressentons avec certains arguments difficiles à contester ( liens vers un argumentaire : http://franciswurtz.net/2011/11/10/une-europe-democratique-est-elle-possible/#comments ) qu’une autre « construction » européenne, même basée sur les choix progressistes les plus exigeants entraînerait certains types de défauts et d’insatisfaction commun avec la construction actuelle, notamment ceux liés aux dérives dues à l’éloignement des citoyens de base. Néanmoins, j’engage ces partisans d’une autre « construction » européenne basée sur les choix progressistes les plus exigeants à créer un fil où ils pourront développer leurs argumentaires face à tenants du monétarisme, du libre-échange, du néo-libéralisme du consensus de Washington. Pour nous, nous pensons que d’autres choix sont possibles, porteurs à la fois de risques et de germes d’émancipation. Explorons-les en toute lucidité en pesant le pour et le contre, c’est la démarche que je propose de lancer sur ce fil.

En fait plus facile à dire qu’à faire :
( Comment allier une certaine connaissance des sujets politiques, une conscience politique avec un peu de créativité et une méthodologie critique pour peser le pour et le contre des solutions que l’on propose, les obstacles et les points forts sur lesquels s’appuyer )

Propositions pour le Titre ou le sous-titre du fil :

A] Célébrons un nouvel optimisme pour l’Europe ! ( Peut-être trop justement, vis à vis de la situation )

B] Après l’Union Européenne ( sobre et sans fioritures )

C] D’autres choix pour l’Europe – D’autres choix en Europe

D] Renouveau Européen ( fait peut-être un peu réchauffé ? Un peu connoté extrême-droite des années 70 )

E] Dévolution des pouvoirs en Europe ( le mot juste, mais il faut consulter un dictionnaire, mais d’autre part ne sommes pas ici pour nous tirer vers le haut ? Pour trouver des solutions non-démagogiques et exigeantes )

F ] Pour l’Europe, d’autres voies que la « construction européenne

Quelques scénarios des différents possibilités

Scénario 0] Les solutions dégagées par les évènements nous surprendront nous ainsi que ceux qui sont aux commandes.

Scénario 1] Les pouvoirs, l’activité, l’influence morale de l’UE dissoute seraient partagés entre le Conseil de l’Europe* modifié ( abandon notamment de la notion d’union sans cesse plus étroite) l’ONU et les pays ex-membres.

*organisme purement consultatif et moral distinct du Conseil Européen qui lui est la réunion des représentants des exécutifs nationaux des pays membres de l’UE

Scénario 2] Les pouvoirs, l’activité, l’influence morale de l’UE dissoute seraient repris par les pays ex-membres qui entreraient dans des traités de coopération bilatérale.

Scénario 3] Les pouvoirs, l’activité, l’influence morale de l’UE dissoute seraient repris par les pays ex-membres qui entreraient dans des Unions commerciales modestes pour l’industrie, la recherche et les services non-agricoles de 3 ou 4 pays maximum, sans politique agricole commune pour des raisons de souveraineté alimentaire, de circuits courts traçables et d’optimum écologique. Un peu du même type que l’Association Européenne de Libre-échange qui relie la Suisse, le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande.

entretien filmé avec Laurent Pinsolle : « Arguments pour l’autonomie monétaire »

entretien filmé avec Laurent Pinsolle : « Arguments pour l’autonomie monétaire »

Un point de vue autrichien sur le dénommé « Mécanisme européen de Stabilité », sur l’euro dictature monétaire sous influence américaine et sur le statut de vassal des américains de l’Allemagne

Où trouve-t-on une telle réglementation ? : Tous les employés du Mécanisme européen de stabilité (MES) bénéficient de l’immunité juridique, personne ne peut déposer plainte contre le MES ou ses employés. Mais par contre le MES peut déposer plainte contre tout un chacun et possède des droits incroyables : il peut exiger de la part de tous les États signataires et en tout temps autant d’argent qu’il lui plaît. Et tout ceci sans devoir donner de raisons. Les membres doivent obtempérer dans les sept jours sans opposition possible. Si un État ne peut satisfaire ces exigences (la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Slovénie, Chypre) ce sont les autres États membres qui doivent reprendre automatiquement le montant de la dette qu’ils doivent eux aussi payer dans les sept jours. Il est prévu que les populations des États membres soient tenues de se plier à cette exigence avec leurs biens propres pour supporter les dettes de leur État. Le MES représente la prise de pouvoir de la haute finance internationale avec l’accord de nos représentants politiques.

Selon les informations existantes jusqu’à présent, le projet d’accord sur le MES a été rédigé par le bureau d’avocats américain Fresh­fields Bruckhaus Deringer.

Vérification du fait que la rédaction de l’accord dénommé : « Mécanisme Européen de Stabilité » a été effectué par le bureau d’avocats américain Fresh­fields Bruckhaus Deringer :

http://www.neurope.eu/blog/germany-has-hung-itself

http://www.lobbypedia.de/index.php/Freshfields_Bruckhaus_Deringer

Cet accord de type anglo-américain est à mille lieues de toute culture juridique européenne. Il a été rédigé en anglais, puis traduit en allemand. Les règles d’immunité de l’accord sur le MES furent, par commodité, recopiées des statuts de la BRI (Banque des règlements internationaux, Bâle, Rothschild), respectivement des statuts de l’US-ESF (Exchange Stabilization Fund). Le ministère allemand des Finances à lui seul occupe 1900 employés et aurait sans autre pu rédiger l’accord sur le MES selon le droit germano-romain au sein de son institution. Mais que fit Schäuble ? Il remit le soin de rédiger cet accord à un bureau d’avocats américain qui est en relation directe avec les grands créanciers européens et Goldman Sachs.

La chancelière Merkel, elle aussi, s’efforce de remettre la souveraineté budgétaire de la République fédérale allemande à l’administration fiscale du Mécanisme européen de stabilité. Tous les États qui se lancent sur cette voie acceptent la fin de l’État de droit libre et démocratique en renonçant à leur souveraineté budgétaire. Madame Merkel viole par là clairement son serment professionnel. La fameuse « union budgétaire » sent la dictature. Alors même que « tout pouvoir d’État émane du peuple » (art. 20 de la Loi fondamentale), les citoyens n’ont, là aussi, rien à dire quant il s’agit d’endosser les dettes d’États étrangers corrompus. Lors de telles décisions, on a de plus en plus l’impression que Madame Merkel est sous la contrainte de l’industrie de la finance.

C’est l’ancien porte-parole de la ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter (ÖVP), Harald Waiglein, qui représente l’Autriche dans le MES. Il fut autrefois journaliste à la télévision autrichienne ORF et à la « Wiener Zeitung ». Il n’est pas un spécialiste des finances et fut après son adhésion au parti bourgeois ÖVP, en dernier, chef de la section III « Politique économique et marchés financiers » au ministère des Finances à Vienne. Sur les plans européen et international, il possède uniquement quelque expérience en tant que porte-parole et journaliste. En tant que membre du directoire du MES, Harald Waiglein jouit de l’immunité, ne paie pas d’impôt sur le revenu et dispose avec ses collègues d’une fortune de 700 milliards d’euros pour commencer.

Lors de l’effondrement de l’euro qui se profile, l’Allemagne devra payer jusqu’à 771 milliards d’euros, selon les calculs de l’institut Ifo. Face à un budget d’État de 306 milliards, cela « fait froid dans le dos ». S’il faut encore ajouter les plans de sauvetage pour l’Espagne et l’Italie, la somme totale à payer pour l’Allemagne atteindra 2,8 billions d’euros. Il est indéniable que l’Allemagne s’effondrerait sous la charge d’un tel poids. C’est dans ce contexte que les journaux « Bild » et « Süddeutsche Zeitung » ont publié un appel de l’ancien Premier ministre anglais, Tony Blair, intimant l’ordre à l’Allemagne de sauver l’euro. Les États-Unis aussi attendent le sauvetage de l’euro par l’Allemagne, même si cela menace l’existence du pays. C’est ce qu’a déclaré le ministre américain des Finances Geithner, lors d’un court séjour chez le ministre des Finances Schäuble à son domicile de vacances sur l’île de Sylt. Il fit aussi comprendre que les États-Unis ne toléreraient pas une sortie de l’Allemagne de l’euro. Car le retour au Deutsche Mark signifierait la renaissance d’une monnaie qui serait rapide de nouveau la plus forte monnaie du monde – ce qui n’est certainement pas le vœu des Alliés et de l’industrie financière. La disparition du Deutsche Mark fut une des raisons fondamentales de l’introduction de l’euro.

Angela Merkel a reçu aux États-Unis la médaille de la liberté, du fait qu’elle a appliqué sans broncher les objectifs d’après-guerre des États-Unis pour l’Allemagne, soit les 5D décidés pour l’Allemagne en 1945 lors de la Conférence de Potsdam: démilitarisation, dénazification, décentralisation, démocratisation et démontage. Pour mieux pouvoir appliquer tout cela, l’Allemagne n’a toujours pas de traité de paix et doit se contenter d’un traité d’armistice et de la clause d’« État ennemi » selon les statuts de l’ONU.

Vérification pour confirmer le fait que l’Allemagne n’a pas de traité de paix, voir l’article de l’encyclopédie en ligne wikipédia sur le Traité de Paris de 1947 :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Paris_%281947%29

mais juste un traité d’armistice et de démilitarisation, voir l’article 3 du traité de Moscou de 1990 :

http://mjp.univ-perp.fr/traites/1990traite2+4.htm

Extrait des conditions du traité acceptées par l’Allemagne en 1990: renonciation à la fabrication, à la possession et au contrôle d’armes nucléaires, biologiques et chimiques. Fin de citation. L’Allemagne ne peut donc pas se défendre seule face à des pays qui emploieraient des armes de ces types, sa souveraineté est limité et elle doit se placer obligatoirement sous la férule d’un suzerain.

Ainsi la Bundeswehr est soumise à l’OTAN et l’Allemagne reste occupée par 68 000 soldats américains et 30 000 soldats britanniques. L’Allemagne paie les frais d’occupation et offre constamment de nouvelles infrastructures aux occupants, soit des immeubles, des hôpitaux, des aéroports et des terrains d’exercices. Les troupes d’occupation et leurs services secrets peuvent agir en toute impunité dans le pays, n’étant pas soumis à la loi allemande, leurs casernes et leurs établissements jouissent de l’exterritorialité. Ainsi on construit à Landstuhl un nouvel hôpital américain pour 900 millions d’euros, l’Allemagne en supportant 600 millions.     •

Source primaire : Inter-Info d’octobre 2012

(Source secondaire et traduction Horizons et débats) :

http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3695

Après quelques recherches personnelles, il semblerait qu’Inter-Info soit basé en Autriche et que leur site web est :

http://www.meinbuecherdienst.at/

Un autre article d’Inter-Info sur le MES ( en allemand ) :

http://www.meinbuecherdienst.at/sites/default/files/2012-12%20ESM%20-%20Europäischer%20Stabilitäts%20Mechanismus.pdf

Jean Guyot Président Fondateur de la Fondation Hippocrène

Copie de la  page Internet : http://www.fondation-hippocrene.fr/index.php?l=fr&m1=1&m2=5

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale pendant laquelle il fait partie de la résistance, il devient inspecteur des Finances et entre au cabinet de Robert Schumann en 1946 puis au Trésor où, en tant que sous-directeur, il assume les tâches de trésorerie de l’Etat et du financement des investissements. Il participe à la Commission des Investissements, créée sur une idée de François Bloch-Lainé. Il contribue également à allouer les fonds de contre-partie de l’aide Marshall en France, qui sont tout indiqués selon lui pour financer les investissements dans le cadre du Plan. Dans ses fonctions, Jean Guyot travaille fréquemment avec le Plan, dirigé par Jean Monnet et des liens de respect et de confiance s’établissent entre les deux hommes.

A la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), Jean Monnet lui demande d’en devenir le premier responsable financier. Jean Guyot accepte et contribue à crédibiliser la première institution de l’histoire de l’Europe auprès des milieux financiers européens et américains en permettant à la Haute Autorité de la CECA de lancer des emprunts en son nom qui, à l’époque, ne signifiait que peu de chose, en particulier auprès des investisseurs américains. Ces opérations sont réalisées avec l’aide d’un petit nombre de financiers dont André Meyer, associé de Lazard, David Rockefeller, qui dirige la Chase Manhattan Bank, et Siegmund Warburg.

André Meyer souhaite alors recruter chez Lazard un inspecteur des Finances et demande son avis à Jean Monnet, qui lui conseille Jean Guyot. En 1955, à 34 ans, ce dernier entre chez Lazard comme associé-gérant à Paris, maison dont les activités sont alors supervisées par André Meyer et Pierre David-Weill. Il restera associé de Lazard jusqu’à son introduction en bourse en 2005, qui voit la sortie des « familles fondatrices » de la banque. Dans ses fonctions d’associé-gérant, il poursuit également son action européenne. La CECA accroît ainsi sa présence sur les marchés financiers internationaux et Lazard reste proche de l’institution européenne, dont la direction financière est assumée par Paul Delouvrier, successeur de Jean Guyot. Plus généralement, ce dernier oeuvre en permanence pour la construction d’une Europe financière.

Sa carrière de financier n’occulte pas son rôle de grand commis de l’Etat. Proche de Jacques Rueff, il prend ainsi part au plan éponyme qui créée le nouveau franc au retour au pouvoir du général de Gaulle. Cette initiative a également un objectif européen ainsi que l’indique le communiqué de presse du Ministère de l’Economie et des Finances : « Le nouveau franc est ainsi comparable aux monnaies étrangères les plus solides. Il marque le redressement français. Il facilitera les transactions avec nos partenaires du Marché commun. »

En tant que banquier d’affaires, il n’hésite pas à prendre part à des initiatives européennes hardies. C’est par exemple, en 1965, la première émission d’emprunts parallèles pour le compte de l’ENEL, qui avait alors des besoins de financement significatifs et était conseillée par la banque d’affaires Mediobanca avec laquelle Jean Guyot a continué à travailler pendant de nombreuses années. Le principe est de lancer un emprunt multi-tranches dans les différents pays du marché commun. Les banquiers choisis, qui incluent Lazard pour la tranche française, sont chargés de lancer simultanément leur tranche d’emprunt sur leur propre marché dans les mêmes conditions financières. Ce type d’initiatives vise à stimuler le marché européen des capitaux. En arrière-pensée était déjà la création d’une monnaie commune entre les différents pays.

Il s’engage également dans la modernisation de l’économie française et prend part à plusieurs opérations marquantes comme la première OPA en France à la fin des années 1960. BSN, une jeune entreprise prometteuse dirigée par Antoine Riboud et qui allait devenir Danone, a tenté de prendre le contrôle de Saint-Gobain, une entreprise multi-séculaire défendue par l’establishment de l’époque. Il contribue aussi à renforcer les grandes entreprises françaises. Il joue ainsi un rôle de premier plan dans la fusion entre Peugeot et Citroën. De manière générale, il intervient dans de multiples opérations dans les secteurs privés et publics jusqu’à la fin de sa vie, en France et hors de France, jouant un rôle important dans les privatisations des années 1980 en France ou conseillant le comité d’investissement des Nations Unies jusqu’au début des années 2000.

Jean Guyot a été l’un des acteurs principaux de la création et du développement d’Eurafrance entre 1972 et 2001 aux côtés des familles David-Weill, Bernheim et Meyer. Il a participé aux restructurations qui ont abouti à la création d’Eurazeo.

Son engagement pour l’Europe dépasse le cadre de la finance et s’élargit à tous les domaines, institutionnels, humanitaires et artistiques. Il ne s’interdit pas non plus d’aider des institutions et des projets concrets sur les thèmes qui lui tiennent à coeur. Il soutient par exemple la création de l’Association des amis de Jean Monnet, le Groupe des Belles Feuilles -qui réunit de jeunes européens-, CARE France ou encore l’hôpital américain dont il était gouverneur. En 1992, il décide avec sa femme Mona de créer la fondation Hippocrène, afin d’inscrire dans la durée ses aides personnelles. Cette fondation a pour objet de contribuer à la cohésion entre jeunes européens et soutient en particulier de jeunes artistes européens. Elle lui a permis de poursuivre ses multiples engagements attachés à l’essor de l’Europe jusqu’à la fin de sa vie et continuera à faire vivre les projets qui répondent à cet idéal.

Accord UE-Canada : pourquoi le mouvement social doit se mobiliser juin 2011

Depuis que l’OMC patine, embourbée dans ses propres contradictions, les accords de libre-échanges régionaux se multiplient entre l’Union européenne et le reste du monde. Celui entre le Canada et l’UE n’a pas jusqu’ici suscité dans le mouvement l’attention qu’il mérite: c’est dommage car il aura des conséquences considérables.

Les choses se précisent concernant les négociations. Une cession de négociations se tiendra à Bruxelles du 11 au 15 juillet. Elle est présentée, par le négociateur en chef canadien, comme cruciale et il semble qu’il ait raison.

En effet, sera dévoilée la liste négative des engagements des partenaires ; la question de l’investissement sera fixée ; les questions d’accès aux matières premières seront traitées ainsi que celle de la réglementation environnementale de l’UE.

1- La liste des engagements

Sous ce terme barbare se dissimule ce qui est conçu comme un accélérateur des négociations. Jusqu’ici,à l’OMC ou dans d’autres accords de libre-échange, les partenaires de négociations ont engagé des listes dites "positives", c’est-à-dire des listes de secteurs retenus pour être libéralisés. Ainsi, pour l’AGCS par exemple, l’UE a dressé un long tableau des secteurs qu’elle accepte de voir libéralisés, autrement dit, qu’elle consent à ouvrir à la concurrence. Avec l’accord UE-Canada, c’est l’inverse : les partenaires sont invités à soumettre les secteurs qu’ils ne veulent pas voir libéraliser.

Cela équivaut à augmenter l’ampleur des secteurs libéralisés : en effet, comme tous les textes juridiques (et un accord international en est un), l’interprétation des termes se fait strictement, autrement dit sans extrapolation. Là, il est convenu que tout est négociable, tous les secteurs sont susceptibles d’être libéralisés et soumis à la concurrence, sauf ceux qui seront définis strictement dans l’accord, et qui, par définition, seront réduits par la négociation. Tout ce qui n’aura pas été porté sur la liste, tout ce qui en sera retiré à la faveur des négociations, sera réputé libéralisable. En somme, l’UE accepte une libéralisation d’une ampleur non-maîtrisée.

Par ailleurs, l’UE n’a pas informé sur cette liste et n’a aucune intention de le faire. Cela se fera après, quand tout sera bouclé, autrement dit, trop tard.

2- Les investissements

L’accord UE-Canada n’innove pas seulement sur la question de la liste négative, il instaure une régression démocratique qui a un précédant, l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié en catimini en 1998 dans le cadre de l’OCDE.

Ici, il s’agit de permettre aux investisseurs de poursuivre directement l’État ou une instance infra étatique (un collectivité locale, une province etc.) qui prendrait des mesures réglementaires de toute nature susceptibles de réduire leurs bénéfices escomptés. L’accord de Libre-échange Nord-Américain prévoit ce genre de mécanisme dans son chapitre 11, avec des conséquences célèbres : c’est ainsi que l’entreprise MetalClad, qui voulait enfouir du plomb en surface dans le sol mexicain a obtenu un compensation pharaonique de l’État mexicain qui avait commis l’imprudence de le lui interdire pour des motifs de protection de l’environnement. C’est ce genre de mécanisme dont les détails de la mise en œuvre sera discutée en juillet. Pour l’instant, le mécanisme n’est pas arrêté: faut-il mettre sur pieds un organe de règlement des différends et si oui (ce qui semble logique), comment ? C’est de cela dont il sera question, le principe étant arrêté. Nos amis canadiens nous informent que le gouvernement allemand pousse pour que le mécanisme le plus dur soit mis en place.

En son temps, le mouvement social s’était largemept mobilisé pour obtenir que l’AMI soit retiré. Nous en sommes loin actuellement, et ce à quelques semaines d’une négociation cruciale.

3- L’accès aux matières premières

Les canadiens demandent l’accès aux ressources naturelles. Ils sont particulièrement attentifs à l’extraction du pétrole des sables bitumineux. Son extraction est fortement émettrice de gaz à effet de serre et le gouvernement canadien l’autorise dans l’Alberta. Il souhaite que l’UE cesse de réglementer, voir d’interdire cette extraction sur son sol. Il apparaît que sur cette question des intérêts croisés se mobilisent: les lobbies pétroliers ont un accès direct aux décideurs, et le groupe Total est fortement intéressé par l’exploitation de ce pétrole qui ferait reculer le pic pétrolier (et la nécessaire transition énergétique) de plusieurs dizaines d’années. L’actionnaire principal de Total est la canadienne Power Corporation. L’accord UE-Canada amènerait à lever l’obstacle de l’exploitation du pétrole de sables bitumineux en Europe — en attendant d’autres levées de réglementations.

Par ailleurs, si l’UE a refusé que sa réglementation sur les OGM soit négociée, rappelons que l’UE est toujours sous le coup d’une négociation de l’OMC relative au bœuf aux hormones. Le Canada demande que l’accord soit l’occasion de régler ce différend dans le sens d’une acceptation par l’UE de l’importation de ce type de viande.

4- Réglementations environnementales

Outre celle évoquée plus haut concernant le pétrole, le Canada annonce officiellement sa volonté d’affaiblir la directive REACH. Celle-ci réglemente la mise sur le marché des nombreux produits chimiques intégrés dans les objets de consommation courante et avait pu être considérée, au moment de son adoption, comme édulcorée par les différents mouvements environnementalistes. C’est encore largement au-dessus de la réglementation canadienne.

Conclusion

Les Canadiens demandent l’accès aux ressources naturelles (pétrole), l’affaiblissement de REACH et se trouvent prêts à accepter, en contrepartie, un accès à leurs services publics pour les grandes entreprises européennes demandeuses. Le Canada, et surtout le Québec, compte beaucoup de services publics non encore privatisés, contrairement à l’UE. De leur côté, les entreprises de services européennes seront ravies de mettre la main sur les services publics d’un pays à la population solvable.

Cet accord est une régression démocratique puisqu’il laisse aux entreprises la possibilité de placer les États sous un chantage permanent, celui de les poursuivre et d’obtenir leur condamnation s’ils réglementent les activités que ces entreprises convoitent.

Cet accord aura des conséquences sur les questions d’environnement en facilitant la perpétuation d’un système productiviste et extractif dont nous savons qu’il est un échec.

Par ailleurs, le Canada fait partie de l’ALENA avec le Mexique et les États-Unis. Cet accord exige que tous les engagements internationaux des États partenaires soient compatibles avec lui. Autrement dit, l’accord UE-Canada ouvre la voie à l’instauration, à terme, d’une vaste zone de libre-échange entre les États-Unis, l’Union européenne, le Canada et le Mexique.

Jusqu’ici, les mobilisations n’ont absolument pas été à la hauteur, en dépit des alertes. Les mouvements français ont un rôle à jouer déterminant, vue la proximité culturelle avec le Québec. Le mouvement social doit mener ce combat.

Frédéric Viale

Sources

Le Devoir, 9 juin 2011, Libre-échange Canada-UE – Une phase délicate s’amorce http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/325072/libre-echange-canada-ue-une-phase-delicate-s-amorce

Résolution du Parlement européen sur les relations commerciales UE-Canada

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=MOTION&ampreference=B7-2011- 0344&language=FR

Discours de Peter Julian (Porte parole du NPD en matière de commerce international) ainsi que d’Alex Atamanenko (Porte parole du NPD en matière d Agriculture et agroalimentaire)

http://peterjulian.ndp.ca/SPEECHES_Take_note_debate_on-Economic_negotiations_with_the_European_Union%20

Attac Quebec

Conseil des canadiens

Le numéro de la Revue vie économique, préparé par Claude Vaillancourt, Benoît Lévesque et Gilles L. Bourque, porte sur le thème des négociations d’une nouvelle entente de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. http://www.eve.coopl/?r=10

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